De l’histoire des rites funéraires, en France

Les rites funéraires découlent en partie de plusieurs civilisations; chacune d’elle s’est inspirée ou a adapté des symboles et des pratiques en fonction des échanges commerciaux, des conquêtes guerrières et l’apport d’autres coutumes.

Ainsi les Grecs ont repris des pratiques du centre de l’Europe, orientales et égyptiennes, les Romains celles des Grecs, les Celtes et les Gaulois, celles des peuplades qui les précédaient pour l’inhumation ou la crémation (la crémation disparaît pratiquement dès la chute de l’empire romain.).

L’art funéraire des tombeaux si riche dans l’Antiquité disparaîtra presque complètement dans le Haut Moyen Âge pour retrouver à partir du XIIe siècle la splendeur d’autrefois avec les gisants, les orants et les grands tombeaux de la renaissance érigés et décorés par les plus grands sculpteurs de l’époque.

Les Romains conservaient les cendres dans des urnes qui pouvaient être en terre cuite ou en verre, urnes insérées dans des coffres en plomb ou pierre, puis dans des tombaux, à distance des villes.
Après la conquête franque de la Gaule et le développement de l’ère chrétienne, l’inhumation sera presque exclusivement le seul mode de séparation en raison du symbole de la mise au tombeau du Christ et de la croyance en la protection des Saint-Martyrs.
Mais, contrairement aux prescriptions romaines de la Loi des XII Tables qui interdisaient d’être inhumé ou incinéré à l’intérieur des cités, une coutume chrétienne va s’instituer en France, celle de se faire inhumer à l’ombre de la croix.  Clovis, la reine Clotilde et Dagobert furent parmi les premiers à en bénéficier. C’est le début d’une longue tradition : le culte des martyrs!
Ainsi, le cimetière, sous l’autorité de l’Église, s’établit progressivement à l’intérieur des villages, des bourgs et des villes; il constitue avec l’église, l’âme des cités.

À partir du XIe siècle, le cimetière qui bénéficie du droit d’asile et de la protection de l’Église devient un véritable lieu de rencontres sociales et d’exercice de petits métiers: écrivains publics, baladins, femmes de petite vertu… Plusieurs conciles s’insurgent contre de telles pratiques; Louis XIV l’interdira.

L’accumulation des corps dans les chapelles, églises et cimetières saturés ou encore dans les charniers totalement remplis entraînèrent une insalubrité insupportable dans les villes qui souleva, pendant de nombreuses décennies au XVIIIe siècle, de vives protestations de la population.

Le Parlement prit, le 21 mai 1765, un arrêt prescrivant le transfert hors des limites des villes, les cimetières intra-muros et pour limiter, à un très petit nombre, les personnes à inhumer dans les églises. C’était en fait, à quelque chose près, revenir aux prescriptions romaines.Le clergé fera de la résistance, et c’est finalement, Louis XVI qui, le 10 mars 1776, interdit, par Déclaration royale, les inhumations dans les églises.

Enfin la loi du 28 décembre 1904 qui précède celle sur la séparation de l’Église et de l’État, réaménage le service des pompes funèbres en France (sauf pour l’Alsace-Lorraine). Dans ses grandes lignes, ce texte confie aux communes le monopole du service public des pompes funèbres dit «service extérieur»: les personnels, corbillards et véhicules de deuil, tentures extérieures des maisons mortuaires, cercueil et les travaux indispensables de cimetière.

Il laisse aux cultes le «service intérieur» c’est-à-dire tout ce qui concourt aux cérémonies dans les églises, temples : Les cérémonies cultuelles, les tentures intérieures et extérieures des édifices religieux, le matériel nécessaire et les personnels civils de cérémonies.
En ce début du XXe siècle, la crémation (non acceptée par l’Église catholique depuis 1886) se développe peu. Le Pape lève l’interdit de 1886 d’accorder des obsèques catholiques à ceux qui préféraient la crémation (20 % des obsèques actuellement).
Personnellement, je crois qu’il est bien que , dans un lieu physique bien identifié, où repose le défunt, les descendants puissent se recueillir et faire acte de « ressourcement », de mémoire, d’humilité, de recul, et de paix. L’humain a aussi besoin de cela !

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